Des jours, des semaines et peut-être des mois que je veux publier cet article. Je n'arrivais jamais à le finir, tant j'avais à dire sur cet individu singulier. Je voulais bien faire, mais je
doutais du résultat avant même d'en avoir esquissé les bases. Mais il était facile de se cacher derrière le "c'est trop dur, j'y arrive pas, je préfère pas mal faire alors je fais rien du tout",
je me suis sorti les doigts du cul pour écrire cet article qui sera, j'espère, (presque) à la hauteur de l'IndépassablE Tristan-Edern Vaquette. Comme d'habitude, j'ai essayé d'être synthétique,
j'ai une fois de plus brillamment échoué ; à défaut, j'espère être arrivé à parler de presque tout ce qui fait de Tristan-Edern Vaquette un être objectivement exceptionnel, et réellement précieux
pour notre société.
Avant tout, je dispense de lecture ceux qui savent déjà, avant même de lire la suite, qu'à la fin de l'article ils n'auront pas changé d'avis sur ce connard égocentrique : vous pouvez, sans
crainte et sur le champ, retourner au boulot ou devant la télé, je sais votre temps précieux.
Cette photographie est de Patrick Imbert, elle est libre de droit, vous pouvez l'utiliser en citant son nom.
Qui est Tristan-Edern Vaquette ? Ou plutôt, qui est l'IndispensablE Tristan-Edern Vaquette, Dr ès Sciences, Vicomte de Gribeauval, Prince du Bon Goût (nous en resterons aux titulatures les plus
usitées, car la liste peut s'allonger à volonté). Glissons-nous un instant dans la peau de l'hagiographe potentiel (mon travail n'est pas énorme, tout ou presque est sur le MerveilleuX site de l'IndispensablE, je comprendrais d'ailleurs que vous alliez directement lire sa prose plutôt que ma
paraphrase) :
Né en 1969, Tristan-Edern Vaquette suit un brillant et néanmoins chaotique parcours scolaire, semant la pagaille dans les divers lycées qu'il fréquente (il se fait même exclure de l'un d'entre
eux pour raison disciplinaire), mais l'animal n'excelle pas que dans l'art de foutre le bordel : il est d'une intelligence rare et empoche son Bac C avec mention. Il entre en école d'ingénieur,
mais respecter les règles n'est décidément pas son fort : il est à nouveau flanqué à la porte pour indiscipline. La physique, c'est son truc, il le prouve en décrochant quelques années plus tard
un des diplômes les plus prestigieux au monde en la matière : le DEA en physique théorique de Normale Sup', monsieur se payant même le luxe de se classer dans les dix premiers. Pour le fun, pour
la gloire, ou plus simplement parce que c'est naturellement le chemin que l'ont suit dans ce cas là, il se dirige vers un doctorat et intègre le laboratoire de physique corpusculaire du Collège
de France.
Le brillant élève ne néglige pas pour autant de laisser sa marque "artistique" là où il passe. En 1988, il crée le plus grand "jeu grandeur nature" de France (Killer U.T.C./E.S.C.C., où
les joueurs se baladent dans les rues avec casque de moto sur la tête et gilet de sauvetage en guise de gilet pare-balles, avec pour objectif de tuer leurs adversaires de la manière la plus
originale qui soit, afin d'obtenir un maximum de points), commence à composer des textes et à jouer dans des groupes de rock tirant sur le punk et, déjà, sur tout le monde, se produisant "devant
un public fort nombreux composé pour l'essentiel de sa sœur, parfois accompagnée par son cousin" (dixit sa bio).
Vient alors l'heure, à 24 ans, de faire un choix. La voie toute tracée, pour Vaquette, c'est de finir son doctorat (avec ses capacités, ça sera trop facile) et de devenir un brillant physicien
avec à la clé un salaire plus que confortable. C'est d'ailleurs ce que tout son entourage lui conseille : être artiste, ça va bien quand on est jeune mais c'est pas un vrai métier. Un de ses
profs, Maurice Benayoun, lui assène une vérité autrement moins raisonnable : il n'est pas fait pour passer sa journée dans un labo, sa voie,
clairement, c'est d'être artiste. Et Vaquette, après une longue et angoissante réflexion, tranche, et commet par la même son premier véritable acte de courage : oui, il sera artiste, rejetant la
voie royale pour prendre un chemin escarpé qu'il devra en grande partie tracer lui-même.
En 1993, Vaquette devient donc officiellement "bouffon à plein temps". Son discours provocateur le pousse malgré lui dans le milieu underground (il n'en sortira d'ailleurs plus, à son grand désespoir), là où il peut l'ouvrir aussi grand qu'il le souhaite, sans faire de concessions. Il parcours les routes de France et de Navarre avec son premier vrai spectacle au nom évocateur : The Suce-moi-la-Bite Tour. En parallèle, il assure pendant quatre ans sur Radio Libertaire et sur Fréquence Paris Plurielle une chronique hebdomadaire, le Billet du Vaquette.
Progressivement, Vaquette évolue : parti avec l'idée de jouer essentiellement sur le registre de la provocation trash, le Prince du Bon Goût cherche à aller plus loin, sans pour autant renier le
côté "drolatique" (terme éminemment vaquettien) de son personnage : il sort en 1997, J'veux être grand et beau, un show inclassable à mi-chemin entre le théâtre, le concert rock et le
cours de philo, quelque chose qui n'appartient qu'à lui. L'IndispensablE, toujours au travail, a parallèlement monté en 1999 le festival Un Printemps Bizarre dans le but de donner une scène et par conséquent une visibilité aux artistes se situant hors du système
formaté des arts du spectacle.
L'expérience se bornera à cette unique édition, Vaquette y investissant temps et argent pour une bien maigre reconnaissance (et c'est peu dire...). Tant pis, l'IndispensablE n'est pas homme à se
décourager (ou alors pas longtemps), en 2000 il repart en tournée avec un concert de reprises, faisant se cotoyer Jacques Brel, les Wampas, Jean-Louis Costes, Georges Brassens, les Bérurier Noir,
Evil Skin, Léo Ferré, Svinkels ou encore Noir Désir.
Vaquette commence ensuite la rédaction d'un roman, Ne mens jamais, qui deviendra finalement Je gagne toujours à la fin, paru en 2003 au Diable Vauvert. Dans cette autofiction
romanesque et philosophique, Vaquette place son personnage dans le cadre de la Seconde guerre mondiale et fait de lui un résistant de la première heure. Mais le roman est beaucoup plus qu'un
simple récit (même pas) historique (l'auteur se permet nombre de savoureux anachronismes), c'est aussi une réflexion poussée sur l'existence, dans la droite ligne de son J'veux être grand et
beau (spectacle qu'il remontera d'ailleurs après la sortie du roman, lui donnant l'occasion de le filmer et de le sortir en DVD).
Enfin, après divers articles et chroniques pour des revues littéraires, après sa reprise de Nous des Ludwig von 88, après avoir sorti un CD de ses meilleures chansons
(L'IndispensablE), après beaucoup de boulot pour mettre à jour son site Internet et répondre à sa montagne de mails en retard, après surtout un nombre incalculable d'heures d'un travail
de titan, l'IndispensablE Tristan-Edern Vaquette a sorti il y a quelques jours le CD accompagnant son nouveau spectacle, sobrement et efficacement intitulé Crevez tous, qu'il jouera
bientôt dans toute la France (là où on voudra de lui, s'entend), le tout accompagné d'un nouveau site Internet qui remplace (mais pas tout à fait)
le site historique.
Vous êtes encore là ? Bravo, et courage : nous n'avons fait que survoler la partie visible de l'iceberg. Dans son parcours extrêmement riche, Vaquette a beaucoup parlé, beaucoup agi. En quelques
années, il a dit bien plus et bien mieux que la majorité des hommes dans toute leur vie.
Essayons d'approcher, en quelques phrases, certains aspects du captivant message et de la personnalité du Vicomte de Gribeauval, j'ai bien dis certains, d'une part parce que j'ai pour objectif de
terminer un jour cet article et qu'il serait dommage que tous mes (rares) lecteurs meurent avant d'en toucher le fond, d'autre parce que l'œuvre vaquettienne est si vaste, si riche, que moi-même
je n'en ai pas fait le tour, et qu'il est de toute manière nécessaire que toute personne intéressée fasse la démarche d'aller plus loin par elle-même. Je vais agrémenter mes "explications" de
passages choisis dans ses textes : puisqu'il arrive à exprimer ses idées avec une infinie justesse, ce n'est pas plus mal de lui donner directement la parole.
Vaquette a donc commencé sa carrière en tant que bouffon-provocateur trash, fleurtant avec le hard-core, exactement, donc, dans le créneau de la messe cathodique dominicale de Michel Drucker et
de ses millions de fidèles. Cette période fonde son travail à venir : ayant fait le tour de la question, il décide donc de finir en beauté ce cycle de pure provocation en faisant, dans
l'écriture, la plus grosse provocation possible, son bouquet final, en quelque sorte. Les réactions ne se font pas attendre, et bientôt on l'accuse de tous les crimes, de racisme, de xénophobie,
d'enculeur de cochons (ça c'est vrai par contre). Là, Vaquette a un déclic (bon je romance peut-être un peu) : il a touché la corde sensible, et va entamer un de ses premiers combats, qu'il mène
encore aujourd'hui plus que jamais, à savoir une lutte farouche et sans concession pour la liberté d'expression. Vaquette considère que l'on peut tout dire, et qu'il est essentiel, pour une
société, de laisser chacun exprimer ses idées, même les plus extrêmes. Il est convaincu que plus on laisse aux gens la possibilité d'exprimer par l'écriture et l'art leur violence intérieure,
moins cette violence se manifestera par des actes.
L'IndispensablE défend donc son droit à s'exprimer, et dans son combat défend le nôtre. Il en sera toujours ainsi, la vie de Vaquette, ambitieuse et hors-norme, se heurtant à notre société, à nos
lâchetés quotidiennes, à nos coups bas, nous apprend du même coup beaucoup sur nous-même.
Pourtant, Vaquette ne choisit pas d'adopter le point de vue de la victime, et d'aller pleurer dans son coin que personne ne l'aime. Non, Vaquette monte alors son InclassablE spectacle J'veux
être grand et beau. Pour parler de lui, bien sûr, mais surtout pour parler de nous, à chacun d'entre nous. Il nous montre, mieux, nous démontre, combien la vie peut être grande et belle si
l'on fait preuve de courage, si l'on fait ce difficile effort de sortir des sentiers battus pour vivre pleinement, et nous livre aussi sa vision de l'Art et de l'Amour. Bien entendu, comme
l'IndispensablE ne fait jamais rien comme tout le monde, il marie son cours de philo avec un show provocateur et des chansons drolatiques, histoire que tout ça ne soit pas trop chiant. Et puis,
au final, si le spectateur est un peu lucide, il verra que l'aspect sérieux et le côté rigolo ne sont que les deux faces d'une même médaille. Mais tout ça, et tellement plus encore, je vous
laisse le découvrir en vous penchant sur le DVD du spectacle, si comme moi vous n'avez pas eu la chance d'y assister (d'ailleurs, je vous ai donné le lien vers sa page d'achat en ligne de tout sa
MerveilleusE production ? Non ? C'est très mal, je répare ce tort de ce pas).
Je ne m'attarderai pas sur son roman, Je gagne toujours à la fin, absolument pas qu'il soit indigne d'intérêt, mais il y a tellement à dire dessus qu'il faudrait lui consacrer un article
entier. Sachez seulement qu'il est dans l'exacte continuité du discours tenu dans son J'veux être grand et beau, tout en explorant d'autre voies. Vous y apprendrez comment cette France
de 1945 s'est réveillée peuplée de résistants ou comme il est facile de transformer des idéaux pour lesquels on a combattu en une évocation nostalgique entre deux verres de champagne et quelques
décorations militaires. Et comme Vaquette sait aussi se montrer pratique, il dévoile aussi quelques astuces pour la vie de tous les jours, comme la technique pour prendre d'assaut un bunker ultra
sécurisé à quatre, non, trois personnes, et comment échouer, et gagner, quand même, à la fin. Vaquette en dit aussi beaucoup sur lui, à qui sait lire entre les lignes. Je ne saurai que trop vous
conseiller de vous pencher sur Je gagne toujours à la fin, ça pourrait bien changer quelques trucs dans votre vie. Sans compter que formellement parlant, l'IndispensablE sait tenir un
crayon et possède un style reconnaissable entre mille.
Vous l'aurez compris (ou alors c'est que vous êtes aveugle), j'ai une admiration quelque peu prononcée pour L'IndispensablE Tristan-Edern Vaquette. C'est un homme profondément vrai, humain, avec
un respect immense pour son public et ses rares contemporains qui poursuivent le même idéal de grandeur que lui (Jean-Louis Costes, entre (pas beaucoup d')autres). Il a su faire coïncider les
idées qu'il défend et la façon dont il mène sa vie, pour devenir quelqu'un d'entièrement cohérent, ne reniant jamais ses dires et ses actes. Jamais il n'a accepté de modifier une ligne de son
travail pour ne pas déplaire à quelqu'un, bien que cette exigence personnelle lui ait fermé bien des portes et l'ait enfermé dans le milieu underground. Il aurait été facile, pour tout un chacun,
de rogner un peu, juste un peu, son discours pour passer les portes d'un plus vaste succès. Mais en s'imposant une telle discipline personnelle, il met en résonance son propos et le rend crédible
: si moi je peux vivre en me conformant aux principes que j'énonce, c'est que c'est possible et donc que toi aussi tu peux y arriver si tu te donnes cette exigence.
On n'a pourtant pas fait beaucoup de cadeaux à l'IndispensablE, pour chaque projet qu'il a entrepris, il a payé l'inconséquence de ses "semblables" qui l'ont abandonné, lui ont fait dépenser
temps et argent, lui ont laissé faire tout le boulot pour mieux le dénigrer ensuite. Il a payé au prix fort la connerie humaine, on a cherché à lui faire comprendre (physiquement, quand les
insultes ne suffisaient plus) qu'il ferait bien mieux de fermer sa gueule et de rentrer gentiment chez lui. Je ne connais pas grand monde, pour ainsi dire personne, qui n'aurait pas renoncé après
toutes ces... "déconvenues", restons sobre. Il faut décidément beaucoup de courage pour emprunter le chemin du grand et beau.
Ai-je été assez dithyrambique ? Certainement pas, mais l'IndispensablE se chargera de vous convaincre complètement de son talent. Allez voir son nouveau spectacle s'il passe dans votre région, même si vous êtes sceptique, je pense que vous ne le regretterez pas.
Je vous rappelle l'essentiel pour "pénétrer plus profond le monde MerveilleuX de l'IndispensablE" :[23] Pain of Salvation - Beyond the Pale
[22] Mathing Mole - Signed Curtain
[21] Diablo Swing Orchestra - Balrog Boogie
[20] Aziza Mustafa Zadeh - Boomerang
[19] Linda Perhacs - Hey, Who Really Cares?
[18] Emerson, Lake & Palmer - Trilogy
[17] The White Stripes - A Martyr for my Love for You
[16] John Martyn - Solid Air
[15] Queens of the Stone Age - You Think I Ain't Worth a Dollar But I Feel Like a Millionaire
[14] Nina Simone - Feeling Good
[13] Blair et le Peuple de Gauche - Une Bonne Guerre
[12] The Zombies - This Will Be Our Year
[11] Godspeed You! Black Emperor - East Hastings
[10] Dido - Don't Leave Home
[09] Neil Young - On the Beach
[08] Jean-Claude Vannier - Les Gardes Volent au Secours du Roi
Everybody's Talkin'