Atomic Heart Little Boy

Publié le par Scribe


L'explosion nucléaire. Un truc qui me faisait très peur étant petit et qui, il faut bien l'avouer, ne me rassure pas beaucoup encore aujourd'hui. C'était une peur presque inconsciente, une menace planante, une de ces choses qui pouvait me tomber dessus n'importe quand, un jour où un dirigeant taré se prenant pour Dieu aurait eu envie de faire joujou avec le bouton rouge. Mourir directement dans une explosion nucléaire ne me faisait pas tellement peur, je craignais davantage d'être brulé, exposé aux radiations, de perdre petit à petit mes cheveux et de vomir mes organes des jours après l'explosion. J'avais dû voir, entendre, lire des récits de ce qui c'était passé à Hiroshima et Nagasaki. Je n'allais peut-être pas jusqu'à me formuler les choses de manière très concrète, mais une grande part de ce qui m'effrayait là dedans, c'était bien la perversité de ce genre de bombe. Un truc qui vous tue sur des kilomètres à la ronde. Une bombe qu'on n'entend pas alors qu'on a déjà vu la lumière de l'explosion. Qui vous pulvérise sans même vous toucher. Par dessus tout, j'avais peur des radiations, qui s'infiltrent en vous sans même le savoir. Qui vous tuent alors que vous pensiez aller mieux. Une machine de mort ultra efficace avec effets pervers à retardement. Le comble du raffinement.

Je relisais la page de Wikipedia sur les bombardements américains qui firent capituler le Japon en 1945. Un détail m'a marqué : Kokura était la ville qui aurait dû être frappée par la seconde bombe. Mais au dernier moments, des nuages couvraient la zone, alors l'avion s'est rabattu sur Nagasaki. Des nuages. Ca tient à ça, la vie de dizaines de milliers de personnes.
Je pense aussi à ce type, Thomas Ferebee, qui a appuyé sur le bouton pour larguer la bombe sur Hiroshima. C'est si simple, d'appuyer sur un bouton. En réalité, est-il beaucoup plus coupable que ceux qui ont décidé, planifié, organisé le larguage ? Sans doute pas, mais comment vivre avec ça sur la conscience ? Apparemment, il n'a jamais regretté son rôle dans l'affaire : "C'était un boulot qui devait être fait."


Visuellement, et malgré tout le dégoût qu'elle peut susciter chez moi, la bombe atomique est une chose extraordinaire. Pour un scientifique aussi brillant que moi, dont l'atrait pour la physique se bornait principalement à mélanger des produits dans des tubes à essais pour faire de jolies couleurs, il est assez fascinant qu'un si petit objet puisse dégager une puissance aussi titanesque et sous une forme si... esthétique ? On ne se rend pas bien compte sur les photos, à part peut-être sur la dernière, de la taille colossale d'une telle explosion ; on est en revanche bien obligé d'admettre la beauté de ce champignon de mort et de feu. Voir naître ce colosse devant ses propres yeux doit couper le souffle, un truc qui vous arrache l'esprit le temps d'y graver des images qui resteront là jusqu'à la fin de vos jours. Prendre l'immensité en pleine face, réaliser en un instant qu'on n'est qu'une petite fourmi.
C'est sans doute ce qu'il y a de plus fou là dedans, je ne crois pas qu'il existe autre chose qui arrive aussi bien à faire coexister une beauté si tétanisante avec l'horreur absolue.


L'autre jour au resto, je tendais l'oreille sur le récit d'un gars à la table à côté. Il était dans l'armée, et avait participé aux essais nucléaires en Polynésie française. Il racontait comment il assistait aux bombardements sans lunettes ni équipements de protection, et ses baignades dans les eaux du lagon après les tirs. Personne ne les avertissait d'un potentiel danger, aujourd'hui ils en payent les conséquences et luttent pour se faire entendre d'un gouvernement français qui ferme les yeux sur ses vétérans irradiés. On attend sans doute qu'ils soient un peu plus morts, on aura moins à payer pour les indemniser.
Ca devait aussi être sympa d'habiter en Polynésie à l'époque, et de se ramasser régulièrement les nuages radioactifs. Je me demande quel effet ça m'aurait fait qu'on vienne tester sur la côte atlantique des armes ultrapuissantes émettant des radiations qui empoisonnent votre environnement et vous refilent des cancers.

Les années soixante n'ont pas été seulement celles du Flower Power. Derrière la colline, on faisait pousser des champignons.


Ces photographies montrent quatre phases successives de l'essai Licorne, un test d'une bombe atomique française qui a eu lieu le 3 juillet 1970, au large de l'atoll de Mururoa.
L'explosion était d'une puissance de 914 kilo-tonnes, soit une bombe 60 à 70 fois plus puissante que
Little Boy, larguée sur Hiroshima le 6 août 1945.
Photos Pierre J. sur Flickr

Publié dans Méditations diverses

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Jumbo 29/04/2009 00:19

Très impressionnant en effet... J'avais jamais vu de champignon atomique aussi "beau" que celui sur la dernière image... Il donne en même temps l'impression d'une énorme erreur, d'un truc totalement incongru, trop énorme pour avoir été prévu par Ze Almighty Creator...

Jumbo 29/04/2009 00:19

Très impressionnant en effet... J'avais jamais vu de champignon atomique aussi "beau" que celui sur la dernière image... Il donne en même temps l'impression d'une énorme erreur, d'un truc totalement incongru, trop énorme pour avoir été prévu par Ze Almighty Creator...

Scribe 08/03/2009 13:57

Belle chanson, je connaissais pas. J'ai trouvé le dénouement sur Youtube, bon j'avoue c'est un peu idiot de l'avoir regardé sans avoir vu le film... Le contraste entre la musique pleine d'espoir et les images est assez étrange et dérangeant, c'est très bien joué (mais le contraire aurait été étonnant de la part d'un réalisateur comme Kubrick).

NounouOgg 07/03/2009 19:16

We'll meet again
Don't know where
Don't know when
But I know we'll meet again some sunny day

Keep smilin' through
Just like you always do
Till the blue skies drive the dark clouds far away


So will you please say hello
To the folks that I know
Tell them I won't be long
They'll be happy to know
That as you saw me go
I was singing this song

We'll meet again
Don't know where
Don't know when
But I know we'll meet again some sunny day

C'est la chanson qui accompagne l'apocalypse finale (explosions nucléaires issues des stock-shots de l'armée américaine) dans le film de Stanley Kubrick :

"Dr Strangelove or : How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb" (1964)

Scribe 06/03/2009 23:43

C'est fort joliment dit.