Échos de la France qui ne brigue pas de poste à l'EPAD

Publié le par Scribe

J'avais perdu l'envie d'écrire dernièrement. Du coup ce blog a dépéri, c'était tragique, on se lamentait dans les commentaires. C'est pourquoi je relance l'affaire avec un bon gros pavé dur à digérer, histoire de marquer le coup. Entrons donc dans le vif du sujet : comme l'an dernier, laissez-moi vous narrer mon épopée estivale.

Pour d'obscures raisons qu'il n'est pas nécessaire de détailler ici, je me suis retrouvé à travailler six semaines durant l'été dans l'agroalimentaire. Pas la panacée des jobs d'été, mais faute de mieux, et malgré tout un peu curieux de voir à quoi ça ressemblait, j'ai dit ok.

La boîte où j'ai travaillé recevait chaque jour une moyenne de 20 000 canards vivants, et, par un processus qui m'était pour l'heure inconnu, les faisait ressortir morts et dispersés dans des petites boîtes qu'on retrouvait ensuite dans les supermarchés de France, de Navarre et sans doute même d'Europe.

Contrairement à un canard, une photo de canard, ça ne mange pas de pain.


Je suis arrivé un peu avant 8h, un beau jour ensoleillé de juillet. Pour tout dire, chaque jour passé ici allait être un beau jour ensoleillé, comme pour rendre la pilule encore plus dure à avaler. Arrivé dans les vestiaires destinés aux employés, l'équipement sanitaire réglementaire est de mise : bottes, blouse, gants, manchettes, charlotte, masque, boules quiès, complétés par un tablier une fois dans l'abattoir. Trop la classe.

Un chef vient me trouver, bonjour, deux ou trois banalités d'usage, et on ne perd pas de temps : on descend, welcome to the machine. Il me met au parfum, et ce parfum, j'allais devoir le supporter pendant un mois et demi : Canard Crevé n°5, et ses quelques centaines de milliers de congénaires que j'allais voir défiler. Deuxième chose qui marque en arrivant : le bruit. Pour communiquer, on ne parle pas, on crie, en permanence. Une habitude à prendre. D'après un message affiché dans le vestiaire, les bouchons d'oreilles sont devenus obligatoire assez récemment, mais certains n'en portent pas : à moitiés sourds, ce sont logiquement ceux qui crient le plus fort.
L'odorat, l'ouïe, complétons les plaisirs des sens avec la vue : dans plusieurs pièces, mais sur une même chaîne métallique qui circule par des ouvertures dans les murs, défile l'objet de toutes les attentions : le canard. Quand je débarque, je ne vois pas pas toutes les étapes de sa "préparation", mais au fur et à mesure de mon séjour dans la boîte, j'allais pouvoir contempler le processus dans sa quasi intégralité. Résumons-le rapidement, ça pourra peut-être servir à la personne qui décidera de se lancer dans la folle aventure d'une thèse sur le processus d'abattage du canard à travers les âges :

Les canards, de gros canards blancs d'élevage, arrivent par camions entiers sur des chariots métalliques d'environ 2m50 de haut sur 1m². Les canards sont 3 ou 4 dans une cage minuscule, et 20 ou 30 de ces cages sont empilées sur un seul chariot. Les chariots sont placés sur des rails, et poussés jusqu'à des employés dont le travail consiste à ouvrir les cages, saisir le canard et à l'accrocher par les pattes sur la chaîne qui défile devant eux. Les canards sont amorphes, stressés, sonnés, voire pour quelques-uns déjà morts dans les cages, mais tous sont accrochés sur la chaîne : le tri, on verra ça plus tard. Une fois accrochés, les canards poussent leur dernier coin coin puis sont tués par une machine dont je n'ai pas vu le fonctionnement. Amen. Ensuite, les sacrifiés sont plumés par des machines, dans une salle où il fait une chaleur à crever. Ce n'est qu'après que les employés commencent à entrer en jeu. Des dizaines de petits automates bien rodés qui s'activent mécaniquement pendant des heures. Chacun a son poste, même si des roulements se font assez régulièrement. L'un est chargé d'arracher les dernières plumes, l'autre coupe le bout des ailes, un autre accroche la tête sur la chaîne, etc. Les bestioles passent ensuite dans des grands bacs de cire liquide très chaude, puis dans un bac d'eau froide, ce qui leur fait comme un manteau de cire, qui, une fois décroché par une sorte de batteuse géante, les débarrasse de tout ce qui peut rester comme petites plumes et saletés sur le peau. Un vrai masque de beauté mes enfants, je ne vous dis que ça. Le défilé de canards suspendus se poursuit dans une autre salle, où j'ai travaillé l'essentiel du temps : la salle de découpe, le royaume des boyaux. Ouverture du ventre, et une vingtaine de personnes avec un rôle bien précis s'active alors : l'un prend le foie, l'autre le coeur, l'autre enlève les tripes, un autre je sais plus quoi, jusqu'à l'extraction des gésiers, c'est là que j'interviens, nous y reviendrons. Ce qui reste du palmipède pousuit sa route du bonheur, décapitation, découpe du cou, et puis on coupe les pattes, et les carcasses sont ensuite emmenées plus loin via un tapis roulant, j'ai pas trop pu voir cette partie du processus, mais c'est là qu'on récupère les magrets et d'autres trucs comestibles.
Voilà pour le fonctionnement, en résumé. Les premiers jours, il faut avoir le coeur bien accroché, et puis, c'est triste, mais on finit par s'habituer.

Canards au temps de l'insouciance.


Revenons-en à mon poste : mon rôle principal du matin (8h jusqu'à 13, 14 voire parfois 15h), durant ce mois et demi, c'est de récupérer les gésiers dans des bacs et de les amener quelques mètres plus loin dans une machine qui va les dégraisser.
Avant tout, pour les nuls, c'est quoi, un gésier ? Un muscle en forme de poche qu'utilisent les volatiles pour broyer la nourriture qu'ils passent leur vie à ingurgiter, comme s'ils étaient nés pour ça. D'une taille un peu inférieure à une balle de tennis, ces machins sont entourés de graisse, et c'est pour ça qu'il faut les dégraisser. Voilà, c'est mon job. Des centaines d'allers et retours entre la chaîne et la machine, récupérer les gésiers au niveau de la chaîne, se rendre à la machine à dégraisser avec mon chariot, vider les bacs dedans, attendre quelques instants, rincer les gésiers, les récupérer dans d'autres bacs et les envoyer à la découpe. Puis retourner à la chaîne, et ainsi de suite. Le temps d'adaptation, de synchronisation, la compréhension des quelques subtilités du boulot, tout ça prend quelques heures, autant dire qu'en une matinée vous avez pris le coup de main et le rythme, et qu'au bout de deux jours vous êtes aussi efficace que quelqu'un qui aurait fait ça toute sa vie.

Travail ô combien passionnant, mais qui a le mérite de m'épargner le travail à la chaîne, et qui me laisse quelques petits temps morts une fois le rythme pris. Enfin, ça, c'est quand il n'y a pas de problème, c'est à dire en fin de compte assez rarement. Mais le plus dur reste essentiellement de s'occuper l'esprit. Comme on doit toujours rester un minimum attentif, il est dur de s'évader complètement dans autre chose. Mais comme le travail est quand même très répétitif, il faut à tout prix trouver une occupation mentale sous peine de voir ses yeux tomber toutes les 3 minutes sur la pendule, et là c'est parti pour l'horrible journée qui dure un siècle.
Aussi, tout est bon pour se divertir, même les conneries les plus insignifiantes : jouer à Grand Turismo Gésier Rally avec le chariot sur la distance entre la chaîne et la machine (20 mètres, grand max, ça donne pas franchement le temps d'imaginer des courses enflammées, mais bon), écraser des grains de maïs sous la botte, nettoyer avec le tuyau d'eau le sol auprès de la machine même s'il sera sale quelques minutes plus tard, chanter une chanson dans sa tête et s'ingénier à retrouver la totalité des paroles.
Un grand instant d'émerveillement est de voir ce qui est parfois projeté par le tuyau d'évacuation de la machine. Lors du rinçage, tout un tas de trucs expulsés des gésiers est envoyé dans l'évacuation, et c'est parti pour la chasse aux trésors. Hormis la graisse et le contenu du gésier (grains de maïs divers et bouffe non digérée, miam, je vous passe les effluves), on trouve des merveilles : cailloux de toutes tailles (du grain de sable jusqu'au semi-rocher de la taille d'une balle de golf (comment ces bestioles peuvent avaler ce genre de truc sans broncher ?)), bouts de bois, de plastique, de verre poli, j'ai même trouvé un boulon, une vis et, rareté des raretés, une bille.

Petit caneton deviendra grand, puis deviendra rillettes et magrets.


L'après-midi, j'ai un poste différent puisque le chaîne ne fonctionne que le matin (de 5h à 14h, en gros). Toutes les personnes qui travaillent le matin débauchent donc en début d'aprèm, moi, comme je commence à 8h, j'ai droit, youpi, à bosser l'aprèm.
Je suis affecté à la fonction à l'appellation largement euphémisante de "nettoyage" de l'entreprise.
Dans des locaux quasi désert, nous sommes deux à nous occuper de tout un tas de tâches diverses nécessaires pour que le grand ballet des canards puisse reprendre dans des conditions optimales le lendemain matin. Les tâches sont presque toujours identiques et s'effectuent dans un ordre quasi immuable.
Les premiers jours réservent de grands moments de solitude (« T'iras ... cherch... rouge... et tu... tuyau... là bas !  - Ouais, ok, ça marche ! » (putain de merde, qu'est-ce qu'il a dit, j'ai rien capté avec le bruit... Je lui redemande pour la troisième fois ?)), mais une fois tous les outils nécessaires repérés, leur fonctionnement assimilé et l'essentiel des tâches comprises, je travaille en semi-autonomie, dans mon coin, relativement peinard si le boulot ne consistait pas 90% du temps à soulever les trucs qui puent et pèsent une tonne.

Détaillons quelques-unes de ces tâches par une fiche technique soignée :

1) La cire
Descriptif rapide : pelleter de la cire et des plumes tombées par terre sur un tapis roulant.
Fréquence : bi-quotidienne, voire tri-quotidienne
Durée : 30 minutes
Température : environ 25°C
Avantages : Le plaisir de voir la salle propre après avoir tout ramassé. Pas salissant, pas (trop) crade.
Inconvénients : Pelletées relativement lourdes à hisser sur le tapis roulant, surtout au bout de la cinquantième. Devoir recommencer plusieurs fois dans la journée. Chaleur.
Conseil de survie : ne pas ramasser la cire au sol avant que toute celle coincée sur les machines ait été dégagée, sous peine de devoir repasser deux fois aux mêmes endroits.
Pénibilité globale : 5/10

2) Le nettoyage des "filtres"
Descriptif rapide : Nettoyer de gros filtres à plumes d'un mètre de haut avec de l'eau chaude sous pression.
Fréquence : quotidienne
Durée : 45 minutes
Température : environ 30°C
Avantages : Un karcher avec de la pression, assez fun. Travail pas fatigant.
Inconvénients : Les jets d'eau chaude sous pression qui vous reviennent dans la gueule. Transpiration de bovidé à cause de la vapeur d'eau. Quand les filtres sont moitié défoncés, ce qui était le cas, les plumes se coincent dedans, relou à déloger.
Conseil de survie : Rester attentif à l'angle de projection du jet d'eau.
Pénibilité globale : 3/10

3) Les "saisies"

Descriptif rapide : Terme anodin cachant bien son jeu : la tâche consiste à vider dans de grands bacs les canards non conformes saisis le matin sur la chaîne et mis de côté.
Fréquence : quotidienne
Durée : 1h ~ 1h30
Température : environ 15°C
Avantage : Fraîcheur grandement appréciable.
Inconvénients : Les canards plumés et souvent à moitié éviscérés gisent dans des dizaines de petits bacs empilés, il faut prendre chaque petit bac et le vider dans un grand. Les canards entassés prennent des teintes violacées. Ils sont mous, glauques, puants, et vous regardent d'un œil accusateur. Comme ce sont tous les rebuts, certains sont malformés, d'autres chétifs, d'autres anormalement gros, ce qui ajoute à la répulsion générale. Un petit bac, bien rempli de canards gélifiés, est lourd, surtout au début quand on n'a pas l'habitude. Mal au dos. Parfois du jus de canard putride vous saute au visage. Arg.
Conseil de survie : Serrer les dents, faire le vide dans la tête, compter les bacs restant en se disant que plus que dix, plus que huit, plus que...
Pénibilité globale : 7/10

4) Les cous
Descriptif rapide : Dans les frigos, vider des petites caisses pleines de cous de canards (oui, apparemment ça se mange) dans des grands bacs.
Fréquence : bi-hebdomadaire
Durée : 1h ~ 1h30
Température : environ 0°C
Avantage : pas sale et pas répugnant : ce sont des sortes de tubes de viande de 20cm, j'ai mis quelques jours à piger que c'étaient les cous des canards.
Inconvénient : Le froid. Généralement, s'effectue après une tâche où vous avez sué comme pas possible. Choc thermique horrible, sans protection ni équipement supplémentaire. Grands ventilos qui soufflent l'air froid pour maintenir la salle à température : impression qu'il fait encore plus froid.
Conseil de survie : Serrer les dents, être le plus efficace possible et se répéter qu'on va pas se laisser crever ici, dans un tas de putains de cous de canards.
Pénibilité globale : 9/10

Je passe sur d'autres travaux divers et variés, la plupart sont crevants, quelques (trop) rares faciles, et parfois c'est franchement hardcore en situation de crise, quand une machine merde quelque part. Il m'est arrivé de baigner dans les boyaux de canards ou de devoir ramasser de la cire qui avait débordé au sol, à quatre pattes sous les machines, dans un véritable sauna.
Avec tout ça, je fais des bonnes grosses journées, qui vont de 8h à 17h~17h30 les jours où il n'y a pas trop de boulot, et qui peuvent s'éterniser jusqu'à 18h, 18h30 (record : 19h15). Avec des journées de 10~11h, on dort bien la nuit, heureusement, on ne bosse que 4 jours dans la semaine, un des atouts indéniables du boulot.

Beauté et fragilité de la nature : des notions assez suvolées


Des canards, il en meurt des milliers chaque jour dans cette grosse machine à bouffe, et pourtant c'est le canard qui tue tout le monde à petit feu. Problèmes de dos, tendinites, douleurs diverses ou blessures plus ou moins graves, bosser à Canarland n'est pas de tout repos. Pas le genre de boulot qu'on choisit par vocation. Quelques-uns s'en satisfont, d'autres maugréent, histoire de, certains râlent après tout et tout le monde, la plupart sont las, ne se posent plus de questions et mettent quotidiennement en marche les automatismes, et le corps se met à fonctionner sans que le cerveau ait à intervenir, tout ça sans but à atteindre, ou peut-être la retraite, si loin, si loin... Quelques spécimens atypiques sortent parfois du lot, pour une raison ou pour une autre. Deux personnalités en particulier m'ont marqué (bon enfin j'aurais pu en trouver bien d'autres, mais il faut garder en tête qu'il s'agit d'un article de blog et non d'un essai en cinq volumes), je tenais à en brosser le portrait ici :

La Grosse Chose

L'avantage du port du masque et de l'usine bruyante, c'est qu'on peut insulter gratuitement et à haute voix les gens qui vous tapent sur les nerfs, sans que personne ne se rende compte de rien. Ça n'a l'air de rien, mais c'est assez jubilatoire et libérateur. La personne que j'ai affectueusement surnommée la Grosse Chose fut celle avec qui j'ai pu le plus souvent mettre à profit cette faculté utile. Ni homme mi-femme, ni femme mi-homme, j'ai longtemps peiné à savoir de quel côté classifier cet individu qui devait pourtant bien être de la même espèce que moi. J'ai donc dû trancher : ça devait être, ça ne pouvait qu'être une femme. Ce n'est qu'en réalisant au bout de deux semaines que si elle partageait les vestiaires avec nous, je m'étais probablement gourré. Bon, rapide portrait pour avoir une idée du personnage (je n'exagère rien) : corps rond, tête ronde, pattes trapues, dents en bataille, des yeux qui vivent leur vie chacun de leur côté et une coupe de cheveux informe, l'allure générale étant complétée par une démarche d'ours boiteux. Mais passons, après tout, Dame Nature n'a pas distribué les cartes avec une grande équité, et la panoplie de travail ne vous met pas franchement en beauté. Non, s'il n'y avait qu'un physique caduc, la Grosse Chose n'aurait même eu l'honneur de figurer dans cette chronique. Mais il s'est avéré qu'ayant souvent affaire à elle (elle était une de mes chefs), j'ai pu remarquer qu'elle prenait particulièrement plaisir à me gueuler dessus, avec force de cris et postillons (hey, t'as un masque, c'est pas pour le garder autour du cou). Le moindre prétexte était bon pour me fourguer une corvée supplémentaire, ou me glisser une critique acerbe, avec pour ligne directrice l'idée que de toute façon, les intérimaires ils font rien que glander. Je ne crois pas m'être jamais plaint qu'un travail était trop crevant, ni d'avoir trainé les pieds quand il fallait faire quelque chose, j'aurais donc apprécié que tu ailles déverser ton aigreur sur quelqu'un d'autre.

Nanabozo, ou le Grand Lapin

Autre individu singulier de la boîte, plus sympathique, mais assez étrange. Je n'ai jamais réussi à percer totalement les mystères de son cerveau. Physiquement déjà ce type est hors-concours : il s'est trouvé un jour à l'embauche où l'on cherchait tous les deux une tenue de travail propre dans le vestiaire.

Lui : Tu cherches quoi comme taille ?
Moi : Du 3. Y'en a pas beaucoup (ouais, 3, c'est pour les mauviettes pas baraquées comme moi).
Lui : Ah ouais, moi du 7. Y'en a presque pas.

Ah. Du 7. Taille 4, c'est déjà grand. 5, c'est très grand. 6, heu, et alors 7, je vous dis pas. Donc, il était grand. Deux choses frappaient ensuite dans son anatomie : ses dents en avant (de lapin, donc), et ses yeux d'un bleu très clair. Il me faisait indubitablement penser à un lapin, je pense qu'il aurait dit « Quoi de neuf, docteur ? » avec un talent inégalable. Mais articuler des phrases compréhensibles, c'était pas trop son fort. La plupart du temps, il se déplaçait en émettant des sons divers, des sifflements, des grognements. Voilà, ce type passait 80% de son temps à s'exprimer par onomatopées. Comme Nanabozo était le plus souvent d'humeur joyeuse, il passait de temps à autre partager son contentement par un bruit de trompette, de gyrophare ou, bien sûr, un « coin coin » de canard. Je ne pense pas que c'était un toc, juste un tic, il devait être un peu simplet. Et puis, passé les premières interrogations, c'était plutôt marrant à entendre. D'ailleurs tout le monde semblait habitué à ces effets sonores divers et variés, et personne n'en faisait cas. Cela dit, personne ne s'étonne plus de grand chose dans ce genre de boîte.


Bref, le temps a passé, de façon étrangement rapide et lente à la fois. Les journées pouvaient ne plus finir, quand il y a toujours une ultime tâche à faire, mais au final, comme on est toujours occupé, le temps passe relativement vite. Le pire, en fait, c'est le soir, où l'on se dit qu'on a vraiment pas envie d'y retourner le lendemain, et qu'on serait pas mal en vacances. Après, une fois la journée lancée, ça va. Et puis, la perspective de ne pas moisir ici toute sa vie contrairement à la plupart des gens que l'on croise dans la boîte, ça redonne le moral. Et quand arrive enfin la dernière seconde de la dernière minute du dernier jour, c'est la libération. Content d'en avoir fini, clairement. Mais pas mécontent d'avoir tenté l'expérience, d'avoir un peu "mis les mains dedans", de savoir comment ça se passe, concrètement.

Pour conclure, je tenais à dédier cet article...
... à mon chef de travail de l'après-midi, avec qui j'ai passé un mois et demi et qui ne m'a jamais appelé autrement que par « Hey, tu viendras faire ça après ».
... à cette dame sympathique que j'ai croisé dans les frigos lors de mes derniers jours et qui a halluciné quand je lui ai dit mes horaires.
... aux gens sympas qui ont aidé à rendre le quotidien plus supportable.
... aux canards, avec qui mes rapports furent aussi divers qu'enrichis en matière grasse.
... à mes super bottes de travail, que j'aurais voulu garder quand je suis parti mais qu'on ne m'a pas autorisé à emporter (ils les auront mises à la poubelle le soir même, les salauds).

Comme pour les poules, il y a des canards de luxe, qui ont quand même la classe.



Les photos de cet article sont toutes sous licence Creative Commons.
La photo des canards en vol est de ViaMoi sur Flickr, certains droits réservés.
Les autres images de canards de cette article proviennent de Wikimedia Commons.

Commenter cet article

Scribe 28/10/2009 10:57


Dommage que tu aies sauté le paragraphe sur l'abattage, j'y révélais aussi le secret de l'Atlantide et mon code de carte bleue.

L'an prochain, assez possible que je refasse un job que j'ai déjà fait, dans des bureaux. Bien plus tranquille, mais y'a des trucs sympas à raconter aussi... On verra ça.


Saucer Volante 28/10/2009 09:46


Ha !
J'attendais cette narration/docu depuis un bon moment. Je ne suis pas déçue.
J'ai sauté le paragraphe décrivant l'abattage, j'aime trop le canard sous toutes ses formes. Hors de question de m'en dégoûter.

Mais que vas-tu faire l'été prochain ?
Tu risques fortement de t'ennuyer après une telle expérience.
Tu crois qu'ils proposent des boulot en intérim les commandos marins ?


Scribe 27/10/2009 16:49


C'est vrai, c'est vrai, j'ai manqué à mon devoir, je ne te serai jamais assez reconnaissant.


Guillaume 27/10/2009 11:25


T'aurais aussi pu dédier cet article a ton frère, qui t'as ouvert la voie dans le monde merveilleux de l'abattoir....


Yann 25/10/2009 22:26


Ca va, je m'y fais doucement, et les cours me plaisent vraiment beaucoup.